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Agents IA en santé en 2026 : usages réels, règles et limites

Scribes, tri des appels, imagerie, ChatGPT Health : ce que les agents IA font vraiment en santé en 2026, ce que FDA, AI Act et HAS autorisent, et leurs limites.

Sommaire
  1. Agent ou assistant : de quoi parle-t-on ?
  2. Où l’IA est vraiment utilisée en 2026
  3. ChatGPT Health et Google Health Coach : ce que le grand public peut utiliser
  4. Ce qui est autorisé : FDA, marquage CE et AI Act
  5. Limites et risques
  6. Questions fréquentes

En 2026, les agents et assistants d’IA en santé servent surtout à rédiger les comptes rendus de consultation, à répondre au téléphone et trier les demandes des cabinets, et à aider les radiologues à lire les images. Aucun ne pose seul un diagnostic : un soignant valide. Cette page fait le point, sources datées à l’appui, sur ce qui est déployé, ce que les régulateurs autorisent (FDA, marquage CE, AI Act, HAS) et les risques, pour les soignants comme pour les patients curieux.

Cet article informe sur des outils et des règles ; il ne constitue pas un avis médical. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.

Ce qui a changé depuis la version de février 2025 : OpenAI a lancé ChatGPT Health (réservé aux États-Unis), le premier essai randomisé sur les scribes d’IA a été publié, l’Union européenne a repoussé à 2028 les obligations de l’AI Act pour les dispositifs médicaux, et la HAS a publié des repères pour les professionnels puis pour le public. Toutes les sources ont été consultées le 25/09/2026.

Agent ou assistant : de quoi parle-t-on ?

Un assistant répond ou rédige à la demande : il transcrit une consultation, résume un dossier, explique un résultat. Un agent enchaîne en plus des actions dans un logiciel : inscrire un rendez-vous dans l’agenda, classer une demande d’ordonnance, préparer un courrier. En santé, la frontière compte, car un outil qui agit sans relecture humaine change de statut réglementaire (voir plus bas).

Dans les déploiements documentés en 2026, l’humain reste dans la boucle : le médecin relit la note, la secrétaire traite la demande classée, le radiologue confirme l’image signalée.

Où l’IA est vraiment utilisée en 2026

Documentation clinique : les scribes ambiants

Un scribe « ambiant » écoute la consultation (avec l’accord du patient), puis propose une synthèse structurée que le médecin corrige et valide.

  • Microsoft Dragon Copilot (ex-DAX Copilot) est commercialisé aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, en Irlande, en France, en Allemagne, en Autriche, aux Pays-Bas, en Belgique et en Suisse (annonce Microsoft aux partenaires, 1er avril 2026).
  • Nabla, start-up française, fait partie des deux outils évalués dans l’essai randomisé ci-dessous.
  • L’Assistant de consultation de Doctolib est proposé aux soignants depuis plus d’un an, selon un communiqué de décembre 2025. Toujours selon l’éditeur, les audios sont supprimés après la consultation, les transcriptions gardées 48 heures le temps de valider, et les données hébergées chez un hébergeur certifié HDS (page Doctolib, consultée le 25/09/2026).

Ce que dit l’essai randomisé. Publié dans NEJM AI le 26/11/2025, l’essai de l’UCLA a réparti 238 médecins de 14 spécialités entre Dragon (DAX) Copilot, Nabla et un groupe témoin pendant deux mois (Lukac et al., NEJM AI). Résultats :

  • Nabla a réduit le temps passé à écrire les notes de 9,5 % par rapport au groupe témoin ; DAX n’a pas eu d’effet significatif (-1,7 %).
  • Les deux outils ont amélioré les scores d’épuisement professionnel et de charge de travail, un résultat que les auteurs demandent de confirmer par des essais plus larges.
  • Les médecins ont relevé des inexactitudes cliniquement significatives « occasionnellement », et un événement indésirable léger a été signalé.

Le gain est donc réel mais modeste, et la relecture reste indispensable.

Statut réglementaire. Au Royaume-Uni, le régulateur (MHRA) a précisé le 29/07/2026 qu’un outil qui se contente de transcrire, résumer ou rédiger à partir d’une consultation, avec relecture par le clinicien, n’est pas un dispositif médical ; il le devient s’il aide au diagnostic ou au traitement, ou s’il agit automatiquement sans relecture (MHRA). Aux États-Unis, aucun de ces scribes ne figure dans la liste FDA des dispositifs à base d’IA (voir plus bas).

Accueil téléphonique et tri des demandes

C’est ici que l’on trouve les outils les plus proches d’un « agent ». Doctolib a lancé le 02/12/2025 un Assistant téléphonique, déjà utilisé en Allemagne, qui prend les appels d’un cabinet, inscrit les rendez-vous dans l’agenda du soignant et range les autres demandes (renouvellement d’ordonnance, certificat, arrêt de travail) dans la messagerie du cabinet. Selon Doctolib, des modèles maison repèrent les situations qui nécessitent une intervention humaine (communiqué Doctolib).

Le tri médical des urgences est un autre sujet : l’AI Act classe les systèmes de tri des patients en urgence parmi les usages à haut risque (voir la section sur les règles).

Imagerie : le domaine le plus autorisé

La radiologie concentre l’essentiel des dispositifs d’IA autorisés. La liste FDA des dispositifs médicaux à base d’IA (page à jour au 04/09/2026, décisions jusqu’au 29/06/2026) compte 1 614 dispositifs, dont 1 230 en radiologie (76 %), 154 en cardiologie et 73 en neurologie. 335 d’entre eux ont été autorisés en 2025, un record.

L’un des résultats les plus solides vient du dépistage du cancer du sein. L’essai suédois MASAI, publié dans The Lancet le 31/01/2026, a porté sur 105 934 femmes : la lecture assistée par IA a détecté davantage de cancers (sensibilité de 80,5 % contre 73,8 % en double lecture classique), sans plus de fausses alertes (spécificité de 98,5 % dans les deux groupes), avec un taux de cancers d’intervalle non inférieur et moins de travail de lecture pour les radiologues (Gommers et al., The Lancet).

Recherche et veille médicale

Les assistants servent aussi à chercher dans la littérature. Aux États-Unis, OpenAI propose depuis le 22/04/2026 ChatGPT for Clinicians, gratuit pour les cliniciens vérifiés, avec une recherche clinique citant ses sources ; depuis le 01/09/2026, un module y interroge des bases publiques (publications, essais cliniques, médicaments) en lecture seule, sans accès aux dossiers patients (notes de version ChatGPT). Pour les établissements, ChatGPT for Healthcare est une version entreprise conçue pour un usage conforme à HIPAA (la loi américaine sur les données de santé).

ChatGPT Health et Google Health Coach : ce que le grand public peut utiliser

La santé est l’un des premiers usages des chatbots : selon sa propre analyse, OpenAI compte plus de 230 millions de personnes par semaine qui posent des questions de santé ou de bien-être à ChatGPT (annonce OpenAI, 07/01/2026). Deux offres dédiées existent, avec des disponibilités très différentes.

ChatGPT Health (OpenAI)Google Health Coach (Gemini)
Ce qu’il faitTableau de bord santé, questions fondées sur vos analyses, traitements, sommeil, activitéCoach sport, sommeil et santé dans l’application Google Health (ex-Fitbit)
Données connectablesDossiers médicaux de fournisseurs américains, Apple Santé, One Medical, Function HealthMontre Fitbit ou Pixel Watch ; dossiers médicaux aux États-Unis seulement
Disponible en France ?Non : utilisateurs de 18 ans et plus aux États-UnisOui, avec un appareil Fitbit ou Pixel Watch, 18 ans et plus
PrixInclus dans ChatGPT, formules Free, Go, Plus et ProAbonnement Google Health Premium, à partir de 8,99 €
Avertissement officielPas destiné au diagnostic ni au traitement« Non destiné à un usage médical »

Sources, vérifiées le 25/09/2026 : aide OpenAI sur Health, aide Google Health et Google Store.

ChatGPT Health. Lancé en test le 07/01/2026 hors Espace économique européen, Suisse et Royaume-Uni, il a été ouvert plus largement le 23/07/2026, mais seulement aux États-Unis. OpenAI indique que les dossiers médicaux et données Apple Santé connectés ne servent ni à entraîner ses modèles ni à cibler la publicité. Point à connaître : depuis le 14/09/2026, les nouvelles connexions suivent par défaut le réglage « autoriser les actions à faible risque », si bien que ChatGPT peut utiliser ces données sans redemander l’autorisation ; on le change dans les paramètres. En France, on peut poser des questions de santé dans ChatGPT, mais sans cet espace dédié.

Google Health Coach. Disponible depuis le 19/05/2026 dans 37 pays, dont la France, il s’appuie sur Gemini mais fonctionne séparément de l’application Gemini. Google précise que ses réponses « peuvent être inexactes ou incomplètes » et que l’application n’est pas destinée à diagnostiquer, traiter ou surveiller une maladie (blog Google).

Ce que montre la recherche. Une étude randomisée publiée dans Nature Medicine le 09/02/2026 a confié dix scénarios médicaux à 1 298 personnes au Royaume-Uni. Seuls, les modèles (GPT-4o, Llama 3, Command R+) identifiaient la bonne affection dans 94,9 % des cas. Utilisés par les participants, ils ne menaient à la bonne affection que dans moins de 34,5 % des cas et à la bonne conduite à tenir (médecin, urgences…) dans moins de 44,2 %, sans faire mieux que le groupe témoin qui cherchait par ses propres moyens (Bean et al., Nature Medicine). Le maillon faible est l’échange : ce que la personne décrit, et ce qu’elle retient de la réponse.

La HAS a publié le 18/06/2026, avec France Assos Santé et la CNIL, des repères pour le public qui vont dans le même sens : esprit critique, vigilance sur les données personnelles et recours à un professionnel pour interpréter et décider (HAS).

Ce qui est autorisé : FDA, marquage CE et AI Act

États-Unis : la FDA

La FDA tient la liste publique des dispositifs médicaux à base d’IA autorisés (1 614 au 04/09/2026). Elle n’y signale encore aucun dispositif fondé sur un grand modèle de langage : elle annonce qu’elle « explorera des méthodes » pour les repérer dans une future mise à jour. Sa recommandation finale sur les logiciels d’aide à la décision clinique, rééditée le 29/01/2026, précise quels logiciels destinés aux professionnels échappent au statut de dispositif médical (FDA).

Europe : marquage CE et règlement sur les dispositifs médicaux

Un logiciel qui a une finalité médicale (diagnostic, traitement, suivi) est un dispositif médical : il doit porter le marquage CE, délivré le plus souvent après évaluation par un organisme notifié. Le règlement (UE) 2017/745 classe au moins en classe IIa les logiciels qui fournissent des informations servant à des décisions diagnostiques ou thérapeutiques (règle 11). En France, l’ANSM surveille ces logiciels une fois sur le marché (ANSM, logiciels et applications en santé, mis à jour le 04/06/2026).

AI Act : haut risque, mais pas avant 2027-2028

Un dispositif médical à base d’IA soumis à un organisme notifié est un système d’IA « à haut risque » au sens de l’AI Act. Le règlement « omnibus numérique » (UE) 2026/1744, adopté le 08/07/2026, a décalé les dates (texte sur EUR-Lex) :

SystèmeObligations « haut risque » applicables
Dispositifs médicaux et de diagnostic in vitro à base d’IA (annexe I)2 août 2028 (au lieu du 2 août 2027)
Tri des patients en urgence, examen par une autorité publique du droit à des prestations, dont les soins (annexe III)2 décembre 2027 (au lieu du 2 août 2026)

Ces obligations portent notamment sur la gestion des risques, la qualité et la représentativité des données d’entraînement, la documentation et le contrôle humain. Pour le contexte général, voir notre dossier sur la régulation de l’IA.

France : HAS, stratégie nationale et HDS

  • HAS : le guide « Premières clefs d’usage de l’IA générative en santé » (30/10/2025) demande aux professionnels un usage « conscient, supervisé et raisonné », résumé par l’acronyme AVEC : apprendre, vérifier, estimer, communiquer.
  • Ministère : la stratégie nationale « IA et données de santé » a été publiée en deux volets, données en juillet 2025 puis IA le 12/11/2025 (Plateforme des données de santé).
  • HDS : un prestataire qui héberge des données de santé pour le compte d’un soignant ou d’un établissement doit être certifié hébergeur de données de santé. Le nouveau référentiel impose un stockage physique dans l’Espace économique européen et plus de transparence sur les risques d’accès depuis un pays tiers ; les hébergeurs déjà certifiés avaient jusqu’au 16/05/2026 pour s’y conformer (ministère de l’Économie).

Limites et risques

  • Erreurs : les scribes produisent des inexactitudes « occasionnelles », et un chatbot peut donner une réponse juste que l’utilisateur interprète mal. Le clinicien reste responsable de vérifier ce que l’IA produit, rappelle la MHRA.
  • Biais : un modèle entraîné sur une population peut moins bien fonctionner sur une autre ; c’est pourquoi l’AI Act exige des données d’entraînement pertinentes et suffisamment représentatives pour les systèmes à haut risque.
  • Données de santé : ce sont des données sensibles au sens du RGPD. Un outil grand public n’offre pas les garanties d’un logiciel hébergé chez un prestataire HDS ; mieux vaut ne pas y confier de données identifiantes, les siennes ou celles d’un patient.
  • Autonomie : plus un agent agit seul (commander un examen, envoyer un message), plus le risque et les exigences augmentent. Un outil qui agit sans relecture est traité comme un dispositif médical au Royaume-Uni.
  • Travail des soignants : l’essai de l’UCLA suggère moins d’épuisement avec un scribe, mais sur deux mois seulement. Les effets à long terme, notamment sur la formation des jeunes soignants, restent à mesurer.

Questions fréquentes

L’IA peut-elle poser un diagnostic ?

Pas seule. Les outils autorisés, surtout en imagerie, aident le médecin à repérer une anomalie ; la décision lui revient. ChatGPT Health et Google Health Coach précisent qu’ils ne sont pas destinés au diagnostic.

ChatGPT Health est-il disponible en France ?

Non. Au 25/09/2026, Health dans ChatGPT est réservé aux utilisateurs de 18 ans et plus aux États-Unis. En France, on peut poser des questions de santé dans ChatGPT, sans l’espace dédié ni la connexion aux dossiers médicaux.

Peut-on confier ses données de santé à un chatbot ?

C’est possible, mais à ses risques. OpenAI et Google s’engagent à ne pas utiliser ces données pour la publicité, mais un outil grand public n’est pas un hébergeur de données de santé certifié. Évitez les documents qui vous identifient et vérifiez les réglages de partage.

Quels outils d’IA utilisent les médecins pour leurs comptes rendus ?

Surtout des scribes ambiants : Microsoft Dragon Copilot, Nabla ou l’Assistant de consultation de Doctolib en France. Ils écoutent la consultation, proposent une synthèse, et le médecin la relit avant de l’enregistrer.

Quand l’AI Act s’applique-t-il aux dispositifs médicaux ?

Les obligations « haut risque » s’appliqueront aux dispositifs médicaux à base d’IA le 2 août 2028, et aux systèmes de tri des urgences le 2 décembre 2027. Le marquage CE au titre du règlement sur les dispositifs médicaux s’applique déjà.

  • Google Gemini

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